En alternance à l’Académie de l’Opéra national de Paris : le parcours de Tony, étudiant à l’IESA
Comédien, metteur en scène et chanteur lyrique, Tony est un passionné. Étudiant en Mastère 2 Production et diffusion du spectacle vivant à l’IESA et alternant à l’Académie de l’Opéra national de Paris, il revient sur son quotidien, les projets qui l’ont marqué et son ambition d'apporter plus d'inclusivité et d'accessibilité dans le spectacle vivant.

Bonjour Tony, pour commencer, peux-tu te présenter ?
Je suis un jeune de 24 ans engagé dans le secteur du spectacle vivant depuis maintenant six ans, avec un parcours hybride associant pratique artistique, médiation culturelle et gestion de projets. Je suis comédien, metteur en scène et chanteur lyrique, formé dès l’enfance aux arts de la scène au sein d’Opéra Junior, sous la direction artistique de Jérôme Pillement. Cette formation précoce m’a permis de développer une compréhension concrète du travail artistique, de la discipline collective et des exigences du plateau.
Je poursuis actuellement un Mastère 2 Production et diffusion du spectacle vivant à l’IESA, dans le cadre d’une formation en alternance menant au certificat d’Administrateur de projets culturels. Mon alternance se déroule à l’Académie de l’Opéra national de Paris, au sein du service dirigé par Myriam Mazouzi, où je participe à la conception et à la mise en œuvre de projets d’éducation artistique et culturelle.
Par ailleurs, je suis également arbitre national de handball, joueur, entraîneur et formateur de jeunes arbitres, une activité qui complète mon parcours en renforce mes compétences en gestion de groupe, pédagogie et prise de décision.
Qu’est-ce qui t’a motivé à rejoindre l’Académie de l’Opéra national de Paris ?
Rejoindre l’Académie de l’Opéra national de Paris s’inscrivait dans une continuité logique de mon parcours. Ayant été formé très tôt au sein du secteur lyrique comme artiste, j’ai souhaité, à l’issue de ma formation artistique, en comprendre le fonctionnement global, notamment du point de vue de l’administration et de la médiation. J’ai donc postulé à une offre de volontariat en Service Civique à l’Académie de l’Opéra national de Paris. Cette mission a duré huit mois et a abouti à un nouveau contrat d’alternant.
L’Académie se distingue par son engagement en faveur de l’éducation artistique et culturelle, de la diversité des publics, de l’ouverture des pratiques et des questions d’inclusivité. Cette approche correspond pleinement à ma volonté de contribuer à des projets artistiques à la fois exigeants et socialement engagés. Le tout dans une structure qui possède des moyens importants.
À quoi ressemble ton quotidien ?
Mon quotidien à l’Académie comprend des missions variées, menées au sein d’une équipe pluridisciplinaire de 20 personnes, réparties en deux pôles : un pôle gestion et accompagnements d’artistes et artisanes en résidence et un pôle éducation artistique et culturelle (EAC). Je participe donc notamment à la coordination de projets EAC, au suivi administratif etorganisationnel des actions, à la relation avec les artistes, les partenaires éducatifs et institutionnels, à la préparation logistique et à l’évaluation des projets. Également à la conception d’éditions pédagogiques (dossiers pédagogiques, cahiers spectateurs, programme de salle, etc). Cette diversité me permet d’appréhender l’ensemble de la chaîne de production, depuis la conception jusqu’à la réalisation des projets. Sans réelle journée type.
Quels projets t’ont le plus marqué jusqu’ici ? Quel rôle as-tu joué ?
Plusieurs projets menés au sein de l’Académie de l’Opéra national de Paris m’ont particulièrement marqué, notamment ceux qui placent la rencontre entre des publics dits « éloignés » au cœur de leur démarche. Ces expériences m’ont permis de mesurer très concrètement l’impact de l’action culturelle, mais aussi le rôle essentiel de la médiation dans la réussite de ces projets.
L’un des projets les plus marquants a été une rencontre entre de jeunes sportifs du centre de formation du Paris Saint-Germain et les élèves de l’École de Danse de l’Opéra national de Paris. Cette rencontre avait pour objectif de faire dialoguer deux univers a priori éloignés — le sport de haut niveau et la danse classique — autour de valeurs communes telles que la discipline, l’exigence, l’engagement du corps, le travail collectif et le quotidien des jeunes finalement très similaire. Les jeunes du PSG ont pu découvrir l’École de Danse, visiter les espaces de travail et échanger avec les élèves danseurs sur leurs parcours respectifs. Dans ce cadre, j’ai joué un rôle de médiateur et d’organisateur, en participant à la préparation de la rencontre, à l’accueil des groupes et à l’accompagnement des échanges.
Un autre projet structurant a été ma participation au spectacle Échos, réalisé dans le cadre du programme Dix Mois d’École et d’Opéra. Ce projet, chorégraphié par Delphine Jungmann, proposait aux élèves une immersion complète dans un processus artistique professionnel. Mon rôle a consisté à assurer la régie générale du spectacle et à faire le lien entre les équipes pédagogiques, les artistes et l’institution, et à accompagner les élèves dans la compréhension des enjeux artistiques et scéniques. Ce projet m’a particulièrement marqué par la transformation progressive des élèves : prise de confiance, appropriation du langage artistique, capacité à s’exprimer par le corps et la scène. Il illustre pleinement la manière dont l’art lyrique et chorégraphique peut devenir un outil d’émancipation et de construction personnelle.
Enfin, je réalise l’édition du programme de salle Ma première fois à l’Opéra, un outil pédagogique conçu pour accompagner les spectateurs découvrant pour la première fois l’Opéra et le spectacle vivant. Ce programme vise à lever les freins symboliques et culturels liés à la fréquentation de l’institution, en proposant des contenus clairs, accessibles et contextualisés : découverte du lieu, des codes de la salle, des métiers et des œuvres. Cette mission m’a permis de travailler sur la médiation écrite et de comprendre l’importance des outils éditoriaux dans l’élargissement des publics.
Qu’as-tu découvert dans ton quotidien de travail, sur tes aspirations, sur toi-même ?
Cette expérience m’a permis de confirmer mon intérêt pour des fonctions à responsabilité, à la croisée de l’artistique et de l’administratif. J’ai également pris conscience de l’importance de la rigueur, de l’anticipation et du travail collectif dans la réussite des projets culturels. Mon parcours sportif, en parallèle, m’a beaucoup aidé à développer des compétences transférables telles que la gestion des conflits, la pédagogie et la prise de décision.
As-tu envie de poursuivre dans cette voie ? A quoi te destines-tu à la fin de tes études ?
Oui, je souhaite poursuivre dans cette voie à l’issue de mes études.
Mon objectif est de créer à moyen terme une boîte de production spécialisée dans le spectacle vivant, avec un focus particulier sur l’art lyrique. Je souhaite développer des projets qui interrogent les enjeux d’égalité et d’inclusion, notamment en matière de genres, de représentations corporelles et de discours artistiques, tout en s’inscrivant dans une logique de production professionnelle et viable.
Quels aspects de ta formation à l’IESA t’ont aidé à mener à bien tes missions ? Qu’est-ce que tu mets en pratique, par exemple ?
La formation à l’IESA m’a apporté des compétences directement mobilisables dans mon alternance, notamment la gestion budgétaire et financière, le droit du spectacle vivant, la méthodologie de projet.
Peux-tu nous raconter ton PGR (projet grandeur réelle) ?
L’art lyrique reste aujourd’hui marqué par des normes esthétiques et narratives parfois peu représentatives de la diversité contemporaine. Mon PGR s’inscrit dans la continuité directe de mon parcours artistique, de mon expérience en médiation et de ma formation administrative. Il vise la création, à moyen terme, d’une structure de production dédiée au spectacle vivant, avec un ancrage fort dans le champ de l’art lyrique.
Le point de départ de ce projet repose sur un constat partagé par de nombreux acteurs du secteur : malgré une volonté croissante d’ouverture, l’art lyrique reste encorelargement marqué par des normes esthétiques, corporelles et narratives qui peuvent freiner l’accès de certains artistes et de certains publics. Ces normes influencent aussi bien les représentations sur scène que les conditions de production et de diffusion des œuvres.
La problématique centrale de mon PGR est donc la suivante : comment concevoir une structure de production lyrique capable de concilier exigence artistique, viabilité économique et engagement en faveur de l’égalité et de l’inclusion ?
Le projet entend répondre à cette problématique en développant :
- des productions lyriques et pluridisciplinaires qui interrogent les représentations traditionnelles de genre, de corps et de discours ;
- des formats de diffusion adaptables, favorisant l’accès à des publics diversifiés, notamment hors des lieux de diffusion habituels ;
- des actions de médiation et d’éducation artistique et culturelle intégrées dès la conception des projets.
Ce PGR constitue ainsi une étape structurante de mon parcours : il formalise une vision professionnelle cohérente et pose les bases concrètes d’un projet entrepreneurial inscrit dans les enjeux contemporains du spectacle vivant.
Selon toi, quelles qualités ou compétences sont nécessaires pour réussir dans un lieu culturel comme l’Académie de l’Opéra National de Paris ?
Réussir dans un lieu culturel comme l’Académie de l’Opéra national de Paris nécessite avant tout une capacité d’adaptation et une grande rigueur professionnelle. Les projets et les équipes y sont complexes, impliquent de nombreux interlocuteurs et s’inscrivent dans un cadre institutionnel exigeant.
Il est essentiel de faire preuve d’un sens aigu de l’organisation, pour gérer des projets aux temporalités longues et aux contraintes multiples ; de qualités relationnelles, afin de travailler efficacement avec des artistes, des équipes pédagogiques, des partenaires et des publics très variés ; d’une compréhension fine des enjeux artistiques et culturels, indispensable pour accompagner des projets sans les dénaturer ; d’une capacité d’écoute et de médiation.
Enfin, une réelle curiosité et un engagement sincère pour les missions de service public de la culture sont, selon moi, déterminants pour s’inscrire durablement dans ce type de structure.
Quels conseils donnerais-tu à un étudiant qui souhaite s’impliquer dans l’univers du spectacle vivant ou dans une structure culturelle comme l’Académie de l’Opéra National de Paris ?
Je lui conseillerais d’abord de multiplier les expériences de terrain, afin de comprendre concrètement la réalité des métiers du spectacle vivant. Rien ne remplace l’expérience pratique pour appréhender les contraintes, les rythmes et les responsabilités propres au secteur.
Je lui recommanderais également de développer une culture artistique solide, tout en s’intéressant aux enjeux économiques, juridiques et politiques du secteur ; d’adopter une posture ouverte et proactive, en n’hésitant pas à proposer son aide, à poser des questions et à s’impliquer dans les projets ; de cultiver la polyvalence, particulièrement précieuse dans les structures culturelles où les missions sont souvent transversales.
Enfin, je lui dirais que l’engagement dans le spectacle vivant demande de la persévérance et une réelle capacité à travailler collectivement, mais qu’il offre en retour la possibilité de contribuer à des projets porteurs de sens et d’impact pour la société.